Une vie de buisson!

« Enfant, je décomptais les mois, les semaines puis les jours qu'il me fallait encore attendre avant la Saint-Nicolas. Adulte c'est pareil, chaque année au début du printemps, je ressens cette même impatience infantile. Encore combien de fois dormir avant que les derniers jours d'avril m'offrent, si j'ai de la chance, le grand bonheur de pouvoir m'immiscer en toute discrétion dans l'intimité d'une famille de renards.
C'est le temps des premières sorties de renardeaux. Cette année, j'en compte cinq. La renarde semble épuisée, elle somnole sur une bouche du terrier, à quelques mètres de sa remuante progéniture. Je l'observe aux jumelles. L'aurais-je déjà photographiée dans le coin durant le rut hivernal ? Sa patte arrière gauche est mutilée, réduite en moignon. Une victime de plus d'un piège à mâchoire ?
Ce sinistre piège qui a bien failli, il y a une trentaine d'années, écourter ma jeune "carrière" de naturaliste. Déjà passionné par les renards, je procédais régulièrement avec un ami, à des opérations (à haut risque) de ramassage et de destruction de pièges à mâchoires, dans un bois près de chez moi. Ils étaient placés là par un garde-chasse, adepte de l'éradication des prédateurs naturels, taxés de "nuisibles". Un jour, ce qui devait arriver arriva : quittant fièrement le bois munis de nos "prises de guerre" nous tombâmes nez à nez avec le garde armé de son fusil. Des mois qu'il attendait ça : nous prendre en flagrant délit ! Nous prîmes la fuite. N'écoutant que sa "rage", il épaula, nous visa et tira à deux reprises. Une grêle de plombs s'abattit sur les feuillages couvrant notre retraite, sans nous toucher. Pour échapper à sa fureur, pas d'autre solution que de traverser la rivière... Je chutai, noyant mon matériel photo et mes jumelles. Au final, nous étions sains et saufs !
Plongé dans mes souvenirs, je n'ai pas vu le petit renardeau téméraire s'approcher de moi. Il est intrigué par mon affût. Il est à portée de main, mime une attitude de chasse à l'approche, bondit sur la toile camouflée qui me recouvre, pour ensuite cavaler vers le terrier familial. Quelques clichés de plus et il sera temps de me retirer, sur la pointe des pieds, sans les déranger, le corps courbaturé mais l'esprit ressourcé par ces moments magiques et intemporels de pleine nature. »
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